Les mamans de Lilas et Marcus essayent de faire au mieux pour leurs enfants. Elles lisent des milliards de bouquin (ou pas), discutent avec leurs copines des meilleures choses à faire… Mais ces deux mamans ne font pas du tout de la même manière avec leurs enfants. Quand elles se croisent, elles épient l’autre et cherchent dans son comportement tout ce qui ne va pas et toutes les conséquences qui en découleraient. Lilas se comporte bien ? Sa maman a bien de la chance vue la manière dont elle s’en occupe. Marcus se comporte mal ? Pas étonnant vu la manière dont sa maman s’occupe de lui ! Pourquoi sommes-nous toujours dans le jugement de l’autre ? Qu’est-ce que cela nous apporte ? Comment en sortir ?

Critiquer une tierce personne avec des compères permet de former une extraordinaire coalition. Cela permet d’unir, d’avoir le sentiment d’appartenir à un même groupe. Ces personnes se sentent plus proches, plus semblables. Il est vrai que les groupes sociaux fonctionnent souvent ainsi : unis contre un même ennemi. Quand le bouc émissaire part, le groupe en cherche un nouveau pour retrouver son équilibre et surtout son but commun.

De plus, critiquer en groupe permet d’assoir ses propres principes, de se conforter dans sa manière de faire, d’ajouter de l’eau à son moulin. Quand je critique la maman de Marcus, cela me permet de comprendre ce qui dysfonctionne chez elle ou ce qui ne me convient vraiment pas. Je peux ainsi mieux définir les grandes lignes du style éducatif que je veux donner. Je sors de cette discussion rassurer dans ma propre manière de faire.

Seulement, il y a un terrible revers à cette médaille. Et si c’était moi le bouc émissaire ? Les gens ont la grande capacité à retourner leur veste ou tout simplement à garder toujours le même fonctionnement avec tout le monde. Avec Ginette, j’ai critiqué Raoul. Un peu plus tard, Ginette et Raoul vont me critiquer. Rapidement mes oreilles sifflent. La relation est faussée, la confiance brisée, mon estime de moi diminuée. Ce n’est pas un scoop, le jugement brise la relation. Là où l’individu croyait ainsi faire partie d’un groupe dans un même état d’esprit, il est en fait tomber dans son propre piège et altère ses relations avec ce même groupe.

Si je suis sûre de ce que je fais et de ce que j’entreprends, c’est que j’ai suffisamment d’arguments et de preuves que ce que je fais est juste pour moi. Dès lors, je n’ai pas besoin de me comparer à autrui et surtout de dévaloriser autrui pour me valoriser moi. La critique n’est plus utile. La confiance en soi et ce qu’on fait est donc le maître mot.

Nous avons été élevés dans un monde de compétition : qui a gagné ? Qui a eu la meilleure note ? Regarde ton frère, lui, il sait faire. Tu n’es pas un bébé, tu dois y arriver… Nous sommes programmés pour nous comparer et pour juger de notre propre compétence par comparaison à autrui, et ce, avec un fond de stress (les adultes nous ont plus souvent comparés pour nous “booster” donc pour mettre en évidence nos faiblesses et non pour nous valoriser). Devenus adultes, nous continuons sur ce fonctionnement, ayant oublié le premier moteur de notre vie : la motivation intrinsèque. Je vais jusqu’au bout de mon projet parce que j’y crois et non parce que je veux faire mieux que le voisin. Le deuxième maître mot est donc la motivation intrinsèque.

Il est impensable d’imaginer que nous échapperons au regard de l’autre. Nous sommes des êtres sociaux et nous avons, toute notre vie, besoin de l’autre. Même en essayant de se convaincre que les critiques d’autrui ne nous atteindront plus, nous nous faisons rattraper par notre nature. Nous sommes nés “sociaux” car alors dépendants à 100% de l’autre. Mais plutôt que de voir toujours la bouteille à moitié vide, peut-être pouvons nous aussi parler de la bouteille à moitié pleine ? Le troisième maître mot est donc d’adopter un regard positif et bienveillant sur autrui.

Changer son regard et ses habitudes n’est vraiment pas facile, les réflexes reviennent vite au galop… Mais l’enjeu en vaut la chandelle : une petite part de paix et d’amour !

Et vous ? Comment vivez-vous la critique d’autrui, comment gérez-vous vos propres propensions à critiquer autrui ? Et surtout, quels sont vos “maitres mots” pour éviter le jugement et la critique ?

Ségolène Hartz, psychologue et présidente de L’Accolade